A Madunetta

Statue de marbre blanc installée en 1671 sur le Mole du Vieux-Port

L’aménagement du port et du môle

  • Le site de Bastia fut choisi à la fin du XIVe siècle par les Génois car il constituait un site stratégique et un port naturel. Cependant, il n’était pas à l’abri de tous les vents et certaines tempêtes causaient des dégâts aux embarcations.
  • Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, la Sérénissime République de Gênes ordonne la construction d’une grande jetée (un môle) dotée à son extrémité d’un phare. C’est ce « môle génois » qui donna à Bastia son premier véritable port. Avec cet aménagement, réalisé au début des années 1670, le bassin du Vieux Port put accueillir six galères et une vingtaine d’embarcations plus légères. Le trafic maritime ne cesse alors d’augmenter, faisant de Bastia un important centre d’échanges et de transit pour l’importation et pour l’exportation. Les passants qui empruntaient le môle pour se rendre au phare étaient protégés du vent et des embruns par un muret, formant garde-corps, longeant le côté extérieur (vers la haute mer). Au deux tiers du parcours, on rencontrait un édicule votif, de style Baroque, érigé sur le muret. Il était constitué d’une statue de la Vierge en marbre blanc (la Madunetta), insérée dans une niche murale en maçonnerie, surmontée d’un couronnement chantourné à corniche moulurée, et flanqué de grandes volutes latérales. Cet édicule nous est connu par divers dessins conservés aux archives de Gênes (Archivio di Stato di Genova).
  • Il faut attendre le XIXe siècle pour voir améliorer l’aménagement du vieux port. Sous le règne de Napoléon III, l’ancien môle génois est prolongé de 50 mètres. La jetée en pierre de taille est alors entièrement reconstruite sur les bases de l’ancien môle génois. L’ancien édicule votif sera démoli en même temps que le vieux môle mais la statue de la Madunetta sera conservée et on décida de l’intégrer dans le corps même de la nouvelle jetée, dans une niche murale, appareillée en pierre de taille (granite sombre de Corse-du-Sud).

La statue

 A la base de la niche murale qui sert d’écrin à la statue, trois dates sont inscrites : 

  • 1671 (installation de la statue sur le dessus de l’ancien môle génois, dans un édicule de style baroque), 
  • 1861 (installation de la statue dans le corps de la jetée, dans une niche de style classique), 
  • 1952 (ancienne restauration).

L’œuvre reprend l’iconographie de la Madonna della Misericordia du sanctuaire marial de Savone, en Ligurie (dédié à Notre Dame de la Miséricorde). Selon cette iconographie, très en faveur à Gênes, la Vierge est représentée debout, écartant les pans de son manteau de manière protectrice. Sur sa poitrine une broche en forme de tête d’ange est directement copiée sur le modèle original.

Cette statue de fragile marbre blanc, exposée aux intempéries, fut progressivement rongée par les embruns salés, pour masquer les dégradations de la pierre tendre, les marins du port prirent l’habitude de peindre et repeindre la sculpture. Année après année la statue se retrouva recouverte d’un épais mille-feuille de peinture à bateau qui empâtait les creux et reliefs. Le socle, rongé par le sel fut cimenté et coulé dans du béton.

La statue fut restaurée en 2001 par une restauratrice génoise, spécialisée dans les sculptures en marbre : Roberta Landi. Les travaux coutèrent 14 400 francs. Le socle fut débarrassé du ciment et du béton, la sculpture fut dégagée de ses épaisses couches de peinture. La structure fut consolidée au revers par des broches et la dégradation de la pierre fut stabilisée.

Dans le cadre de l’exposition temporaire qui se tient actuellement au musée de Bastia (« Corsica Genovese », du 9 juillet au 17 décembre 2016), le prêt de la statue a été concédé pour la durée de l’exposition. En préalable, le 20 mai 2016, une équipe a démonté le verre de sécurité qui se trouve au-devant de l’œuvre pour sortir la statue de son emplacement et la transporter au musée. C’est à cette occasion que l’on a pu constater que depuis la dernière restauration, la sculpture s’est très fortement dégradée. L’atmosphère humide et saline qui règne dans le vieux port a provoqué un cancer de la pierre. Le marbre blanc perd sa cohésion et se transforme en une poudre semblable à du sucre semoule. Au revers de la sculpture, la consolidation et les broches posées en 2001 se désolidarisent et ne sont plus fonctionnelles. En l’état, si rien n’est fait rapidement, la statue est condamnée à disparaître, réduite en poudre.

Des mesures de sauvegarde et de restauration doivent être prises « in-extremis » afin de pouvoir léguer cette œuvre aux générations futures. Il va falloir dessaler la pierre et la consolider avec des résines, réimplanter des broches en acier inoxydable au revers, et surtout ne plus la remettre en extérieur dans un environnement marin. La fragile sculpture originale devra être conservée dans l’atmosphère saine et climatisée du musée de Bastia, où l’on pourra la voir. Une copie, réalisée par moulage sera mis en place dans le vieux port.